Chapitre V

Les droits des handicapés en Tunisie

   


 

Le droit au travail

Pleine participation

Programme de création de sources de revenus

Bien qu'aucune discrimination légale n'existe à l'encontre des handicapés concernant le bénéfice du droit aux prêts, crédits et projets accordés aux citoyens dans le cadre des programmes nationaux de promotion de l'emploi, un programme spécifique de création de sources de revenus a été lancé en 1987. Ce programme vise à élargir la gamme des possibilités d'emploi pour les handicapés, à renforcer les opportunités d'insertion professionnelle qui s'offrent à eux et ce dans le but d'une égalisation des chances et compte tenu des difficultés supplémentaires auxquelles peuvent être confrontés les handicapés sur un marché de l'emploi marqué déjà, par des problèmes d'embauche pour les autres citoyens.

Le programme de création de sources de revenus au profit des handicapés capables de travailler consiste en l'octroi de dons aux personnes qui répondent aux critères du programme pour le financement de projets correspondant à leurs aptitudes physiques, mentales et professionnelles dans divers secteurs de production : petits metiers, agriculture, artisanat, services...

Les crédits nécessaires à la réalisation de ce programme ont enregistré avec la création du compte spécial pour la promotion des handicapés en 1989 une augmentation égale à 499 % par rapport à 1987 et le nombre de bénéficiaires un accroissement de 356 %.

L'évolution moyenne annuelle des crédits enregistrée durant la période 1987-1997 est égale à 55 % et celle des bénéficiaires est de l'ordre de 31 %.

Les dons octroyés aux bénéficiaires sont utilisés suivant la nature du projet, pour l'achat des équipements et matières premières, l'aménagement du local et la réalisation de toute autre composante du projet.

Outre, la garantie au bénéficiaire et à sa famille de ressources permanentes et suffisantes, ce programme vise surtout à offrir au handicapé les moyens d'insertion socio-économique, de le responsabiliser et de consolider chez lui l'esprit de participation et du "compter sur soi".

C'est pourquoi, l'accent est mis dans la mise en oeuvre du programme sur l'aptitude au travail et la compétence professionnelle de la personne handicapée qui doit elle même entreprendre l'activité de production.

De même, la participation du bénéficiaire au financement et/ou à la mise en place du projet est suscitée dans tous les cas où elle est possible.

L'évaluation du programme effectuée en 1994 et qui a touché 3172 projets réalisés de 1987 à 1992 a démontré que la participation du bénéficiaire (en nature ou en espèce) même minime au financement du projet est l'un des facteurs déterminants de sa réussite, à côté d'autres facteurs tels que l'aptitude physique, l'adéquation de la nature du projet avec la qualification professionnelle du bénéficiaire ainsi que ses capacités de gestion.

Projets au profit des handicapés dans le cadre du Programme Régional de Développement

La volonté politique en faveur de l'insertion économique des handicapés s'est illustrée par d'autres mesures et programmes spécifiques. Ainsi en est-il de la décision du conseil interministériel du 11 décembre 1995 réservé à l'emploi des handicapés, relative à l'affectation de crédits spécifiques pour le financement de projets au profit des handicapés dans le cadre du Programme Régional de Développement (PRD). Ces crédits ont permis la réalisation en 1996 de 315 projets notamment dans le secteur des petits métiers.

Les montants octroyés aux bénéficiaires dans le cadre de ce programme comportent une partie "don" et une partie "prêt" remboursable sans intérêt sur cinq ans avec une année de grâce. Une participation de 20 % au coût du projet est exigée du bénéficiaire.

Cette décision est de nature à confirmer davantage la politique d'intégration appliquée dans ce domaine et à renforcer l'esprit d'auto-prise en charge chez les personnes handicapées.

Emploi des handicapés en milieu protégé

Dans le domaine de l'emploi protégé, la Tunisie a opté pour une démarche prudente et ce pour plusieurs raisons dont notamment:

-- L'évolution du secteur de l'emploi qui a fait apparaître d'autres formules d'insertion professionnelle plus adaptées aux besoins spécifiques des handicapés et à la politique d'intégration du pays.

-- Le coût très élevé de la création et surtout de fonctionnement des ateliers protégés.

-- L'expérience vécue dans d'autres pays qui a mis en relief le caractère marginalisant des ateliers protégés. En effet la difficulté de créer des ateliers protégés dans chaque localité où le besoin se fait sentir, a eu pour corollaire le développement du système de prise en charge en internat des travailleurs en milieu protégé et donc l'éloignement du handicapé de son milieu familial.

En outre, à long terme, ces pays se sont trouvés face à un problème d'inadéquation entre la répartition géographique des ateliers protégés et celle de la population cible de ces institutions.

En Tunisie, l'emploi en milieu protégé est entrepris généralement dans le cadre des activités des ateliers de formation- production. Les bénéficiaires sont des handicapés, visuels ou mentaux, pour la plupart, dont les possibilités d'emploi en milieu ordinaire sont limitées. Ces unités de formation-production sont gérées par les associations de handicapés qui bénéficient, à ce titre, d'un appui de l'Etat matériel et en personnel d'encadrement.

Il existe actuellement près de 30 unités où sont employés plus de 500 handicapés.

Pour renforcer les ressources propres des ateliers de production, et garantir aux travailleurs un revenu permanent et suffisant, la circulaire du Premier Ministre n°6 en date du 3 février 1994 a obligé les administrations et entreprises publiques à accorder la priorité dans leurs acquisitions aux unités de production qui fabriquent les produits objet du marché, à condition que le prix de vente de ces produits ne dépassent pas 20 % des prix offerts par les autres concurrents .