Chapitre II

Education et Droits de l'Homme en Tunisie

   


 

Une Société éducative

Le 15 septembre 1997, jour de la rentrée scolaire en Tunisie, près de 2.500.000 enfants et jeunes, ont pris le chemin de l'école, de l'université et des centres de formation. Ce chiffre qui représente plus du quart de la population est un indicateur éloquent de l'effort entrepris par la Tunisie dans le domaine de l'instruction publique et la formation des jeunes. On appréciera mieux cet effort en sachant que :

- Le taux de scolarisation à l'âge de 6 ans atteint, aujourd'hui, 99,1%.

  • Les filles constituent à peu près la moitié des effectifs scolaires.
  • Les dépenses de l'Etat dans l'enseignement-formation représentent 6,1% du P.I.B (autant que l'Allemagne et plus que le Japon avec 4,9%)
  • Le budget de fonctionnement de l'éducation représente 27,7% de celui de l'Etat.
  • La Tunisie compte aujourd'hui près de 6.500 institutions publiques d'enseignement et de formation au sein desquelles exercent 105.000 enseignants et formateurs

Ces indicateurs quantitatifs permettent de mesurer l'ampleur de l'action en faveur de « L'éducation pour tous » qui est en passe de devenir une réalité. Se fondant sur ces réussites indéniables et sur une expérience chèrement acquise, la Tunisie a entrepris une réforme profonde de son système éducatif en vue d'améliorer sa qualité et de le mettre au diapason du monde moderne et de ses défis. «Ce "petit-grand" pays, la Tunisie, a compris une vérité universelle depuis l'âge du philosophe Averroès: on ne peut inventer un avenir commun à toutes les composantes d'un peuple que par l'éducation et la culture» (1).

Caractéristiques du système éducatif

Toute société, à chaque étape de son devenir, se donne les institutions qui lui sont adaptées. En accédant à l'indépendance en 1956, la Tunisie s'est trouvée confrontée au double héritage légué par la colonisation et par un passé où le poids des traditions et des retards cumulés pesait lourd. Tous les défis se posaient en même temps et avec une égale acuité. Il incombait au pays de construire un Etat moderne , de lutter contre le sous-développement, d'éduquer le peuple, de lui garantir la santé, le logement...etc.

Dans le domaine de l'éducation, la situation héritée était marquée par la coexistence de plusieurs systèmes éducatifs. L'école était tiraillée entre un régime traditionnel ancestral, un régime mixte dit franco-arabe et un régime exclusivement français. Le tout baignait dans un océan d'analphabétisme et d'ignorance.

La réforme entreprise en 1958 se proposait de mettre de l'ordre et de la cohérence dans cette hétérogéneité par la mise en place d'un système éducatif public unifié; de «tunisifier» l'école et ses programmes, d'ouvrir « l'accès à l'éducation et à l'instruction à tous les enfants à partir de l'âge de six ans» et de former rapidement les cadres qui faisaient gravement défaut à un pays en construction.

Cette réforme, pour ambitieuse qu'elle fût dans ses principes et ses objectifs, s'est heurtée à des difficultés énormes qui freinèrent son élan. C'était comme une gageure que de partir de presque rien pour vouloir généraliser l'éducation et scolariser tous les enfants du pays en l'espace de dix ans.

Aux difficultés objectives, sont venues s'ajouter des politiques incohérentes et parfois démagogiques qui soumirent l'école tunisienne à un ballottement déstabilisant. Sa marche ascendante finit par marquer le pas pour laisser la place à l'enlisement.

A la fin des années 80, une évaluation du système éducatif révèle en même temps que des acquis indéniables, des insuffisances quantitatives et qualitatives insupportables compte tenu des efforts déployés et des défis que le pays se doit de relever pour assurer son développement et construire une société démocratique moderne. Une mise à niveau était nécessaire pour doter la Tunisie de l'école de qualité dont elle a besoin et qu'elle mérite .

Le 7 novembre 1987, la Tunisie inaugure une ère nouvelle de son histoire contemporaine. Tout en s'inscrivant dans une continuité nationale vivante de réformes, la politique mise en place depuis s'annonce comme l'expression d'un nouveau projet de société. Tous les domaines de la vie nationale sont revus et réformés à la lumière des nouveaux impératifs du développement conçus désormais comme indissociables de la construction d'une société démocratique et de la promotion des droits de l'Homme.

L'école, cet espace où se joue l'avenir, s'est trouvée tout naturellement au cœur du changement. Sa mise à niveau a été considérée comme la condition du renouveau économique et social. C'est ce qui est clairement affirmé par le Président Ben Ali quand il dit «Le succès du projet de modernisation que nous avons adopté d'un commun accord, dépend essentiellement de notre réussite à revoir le système éducatif dans tous ses aspects».(1) C'est dans ce contexte nouveau qu'a été entreprise, dès 1989, la réforme du système éducatif consacrée ensuite par la loi du 29 juillet 1991.

Fruit d'une évaluation serrée du chemin parcouru et d'une large consultation associant les forces vives du pays avec à leur tête les enseignants des différents cycles de l'enseignement, la nouvelle réforme jette les bases d'une école moderne dont la mission ne se limite pas à transmettre aux élèves des savoirs et des connaissances, mais à former des citoyens libres et égaux, à permettre à l'enfant de passer de l'état de «puissance» à l'état «d'adulte» responsable, jouant pleinement son rôle dans la société.

Le nouveau système éducatif repose sur des principes et des valeurs d'avant-garde tout à l'honneur de la Tunisie.