Une Société éducative
2 - Apprendre sa vie durant
Ce n'est pas par abus de langage que nous avons qualifié
la Tunisie d'aujourd'hui de «société éducative». Cette expression tire sa légitimité
du fait que l'effort déployé en faveur du développement culturel de la population ne se limite
pas à la seule institution scolaire. D'autres lieux éducatifs agissent en synergie pour assurer le
changement culturel qu'appelle une société en mutation perpétuelle. Parmi ces lieux, l'éducation
des adultes occupe une place de plus en plus grande et revêt une importance capitale pour la politique de
développement qui fait de la promotion de l'homme son objectif ultime.
Depuis le Changement du 7 novembre 1987, la Tunisie a mis en place
une nouvelle stratégie pour l'éducation des adultes. La nouvelle approche se veut globale et systématique.
La formation des adultes se présente comme une extension, dans le temps et l'espace, du système éducatif.
Elle couvre, dans une vision d'ensemble, la formation professionnelle, l'alphabétisation, le rattrapage,
le perfectionnement et la reconversion. Elle tend à devenir une éducation permanente.
Nous ne pouvons ici donner un aperçu détaillé
sur toutes les actions de ce dispositif. Ce qui nous importe le plus, c'est de dégager, dans la perspective
qui est la nôtre, les principes qui le fondent et les objectifs qu'il cherche à atteindre.
La formation professionnelle : Réorganisée
par la loi d'orientation du 17 février 1993,(1) elle est désormais conçue comme
partie intégrante du système éducatif. Le gros du public auquel elle s'adresse sera constitué
de ceux qui ont suivi l'enseignement de base sans parvenir à décrocher le «Diplôme de
fin d'Etudes de l'Enseignement de Base», c'est-à-dire des jeunes dotés d'une formation générale
appréciable et ayant acquis des compétences leur permettant de suivre une formation «qualifiante»
qu'ils peuvent sans cesse améliorer. Cette loi stipule en effet que «la formation professionnelle
est l'une des composantes du dispositif national de l'éducation, de qualification et de l'emploi. Elle contribue
au développement des ressources humaines, à la promotion sociale et professionnelle et à la
réalisation des objectifs de croissance».
Elle vise donc à promouvoir l'homme en lui assurant les connaissances
théoriques et les savoir-faire pratiques nécessaires à la participation active à la
vie économique et sociale.
L'alphabétisation : le 3 janvier 1992, un plan national
de lutte contre l'analphabétisme a été adopté. Ce plan intègre l'alphabétisation
dans la réforme du système éducatif . La nouvelle stratégie procède de deux
principes :
- Le droits de tous à l'éducation
- Ce droit est une créance que la société moderne
doit assurer.
En outre, l'analphabétisme est un lourd handicap qui compromet
tout à la fois le développement du pays et la construction d'une société démocratique.
C'est pourquoi l'alphabétisation doit aller au-delà
de la compétence minimale de l'apprentissage des rudiments de la lecture et de l'écriture et porter
son niveau d'exigence à un minimum de développement culturel. Ce qui se traduit par l'intégration
dans les programmes d'alphabétisation de thèmes relatifs à la santé, à l'hygiène,
à l'économie, à l'agriculture, à l'environnement, aux valeurs démocratiques
et de droits de l'Homme...etc.
L'alphabétisation en Tunisie est orientée vers le
développement de l'économie, de la société et de la personnalité. Elle fait
partie de l'effort général pour réunir les conditions d'exercice d'une citoyenneté
responsable et de jouissance des droits de l'Homme. Voilà le sens profond de la promotion de l'homme.
La formation continue : Dans un monde où les changements
techniques et scientifiques interviennent à un rythme accéléré, l'obsolescence des
«qualifications» est devenue si rapide qu'elle menace, quotidiennement, des milliers de gens d'exclusion
du monde du travail avec les conséquences que l'on sait d'érosion sociale et psychologique. Aucune
qualification n'est acquise pour la vie, toute formation est inachevée. Rester à l'écart de
l'innovation, de la création, du progrès, c'est se condamner à l'inadaptation au monde. Pour
faire face à ces réalités nouvelles, il est devenu nécessaire de mettre en place des
structures permettant une formation continue, permanente, de perfectionnement ou de recyclage.
Au cours de la dernière décennie, la formation continue
a pris un essor considérable. La Tunisie est actuellement engagée dans une mise à niveau qui
touche tous les secteurs de la vie économique et de la société en général. Cette
action d'envergure qui vise à réunir les meilleures conditions pour affronter les réalités
de la mondialisation nécessite des compétences nouvelles et une grande mobilité professionnelle.
Pour répondre à ces besoins vitaux, la Tunisie s'est dotée de réseaux complémentaires
ouverts à ceux et celles qui désirent améliorer leurs aptitudes professionnelles pour ne pas
se laisser surprendre par les mutations en cours.
- Au niveau scolaire: de nombreuses institutions de l'enseignement
secondaire et supérieur et des centres de formation offrent des cycles de formation continue et de recyclage.
- Au niveau des entreprises : Depuis le 5 avril 1993, plusieurs textes
législatifs et réglementaires instituant des dispositions et des mesures incitatives ont été
pris au profit de la formation sur le tas et dans des centres de formation.
En outre, cinq instituts pour la promotion supérieure du
travail, contribuent à cet effort de changement d'attitude et d'aptitude.
C'est pour remédier à l'obsolescence des qualifications
et la mise à jour des savoirs-faire que la Tunisie ouvre, à tous, ces nouveaux horizons.
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(1) Voir JORT, n° 14 du 19 février 1993
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