2.2 - Droit des régions au développement
Partant de la ferme conviction que "le développement
national ne peut être équitable et efficace que dans la mesure où il englobe toutes les régions"
(1), la Tunisie de l'ère nouvelle a élevé le développement régional au rang
de priorité absolue considérant qu'il représente un levier puissant de la concrétisation
du principe de l'égalité des chances et des opportunités pour tous les tunisiens et toutes
les tunisiennes quelle que soit leur localisation géographique.
L'intérêt sans cesse renouvelé au développement
de la région, de toutes les régions, reflète également la conviction que la réalisation
des objectifs que la communauté nationale se fixe et le relèvement des défis découlant
du nouveau contexte exigent la mobilisation de toutes les énergies et de toutes les forces vives de la Nation.
Dans cette perspective, une stratégie globale et cohérente
reposant sur une dynamique continue de consolidation des acquis, de renforcement des moyens déployés
au profit de chaque région et d'élimination de toute entrave à son développement, a
été mise en oeuvre et s'est articulée fondamentalement autour de deux grands axes :
- le premier vise à ériger la région en tant
qu'acteur à part entière dans le processus de développement et à lui permettre de valoriser
et d'exploiter pleinement ses ressources existantes et potentielles,
- le second consiste à favoriser une plus grande complémentarité
entre les régions en vue de créer des synergies à même d'accélérer leur
développement et de renforcer la cohésion nationale.
Initiée lors de la préparation du VIIIème Plan,
confirmée et intensifiée par la suite, l'implication accrue des régions dans le processus
d'élaboration du Plan procède de la détermination des pouvoirs publics à inscrire dans
les faits le premier axe de cette stratégie.
C'est à ce titre, et pour responsabiliser davantage les régions,
que chacune d'entre elles, a été sollicitée au cours des travaux préparatoires du IXème
Plan pour concevoir un schéma de développement pour la prochaine quinquennie devant dépasser
les approches ponctuelles, cloisonnées et de court terme et éviter la simple énumération
de projets notamment publics pour faire état d'une vision stratégique et intégrée de
son devenir.
C'est dans ce cadre, et afin de doter la région d'une capacité
institutionnelle de nature à l'autoriser à se prendre en charge et à assumer la gestion de
son développement, que le processus de décentralisation et de déconcentration a été
engagé et approfondi à travers la création des conseils régionaux (2), la consolidation
et l'élargissement de leurs attributions, la création de conseils locaux, la restructuration des
organismes de promotion du développement régional et le renforcement des prérogatives des
administrations régionales et de l'institution municipale.
Au-delà du volet institutionnel, la stratégie de développement
régional s'est attelée, en prenant en considération les spécificités propres
à chaque région telles que ses caractéristiques démographiques et ses dotations naturelles,
à réunir les conditions favorables à un développement auto-entretenu et à la
diversification de sa base productive et de son tissu économique.
Pour ce faire, la stratégie s'est employée à
améliorer l'attractivité de chaque région par la mise en place d'un ensemble d'actions à
même de susciter la réactivité voulue des opérateurs privés et à promouvoir
leurs initiatives.
Ces actions, perçues comme autant d'incitations, concernent
des domaines aussi variés que :
- la coordination entre les multiples acteurs, notamment ceux relevant
de l'administration, pour garantir la cohérence et l'efficacité nécessaires de leurs interventions,
- la régulation des marchés et la diffusion de l'information
économique pour aider les agents économiques à rationaliser davantage leurs décisions
et à améliorer leurs anticipations,
- le développement d'une infrastructure appropriée
pour désenclaver les régions et faciliter leur intégration dans la sphère marchande
et dans leur environnement,
- la valorisation des ressources humaines de la région en
adaptant le dispositif de formation en fonction de ses besoins et de ceux des entreprises y opérant,
- l'octroi d'avantages fiscaux et financiers (3) pour encourager
l'investissement privé et l'entreprise à s'installer dans les régions.
En outre, et pour tenir compte des différences en termes
de dotations initiales et assurer le droit au développement pour chaque région, les pouvoirs publics
ont fait de telle sorte que :
* d'une part, tout en profitant à l'ensemble des régions,
ces incitations soient modulées selon le principe de discrimination positive en faveur des régions
insuffisamment dotées pour s'intégrer davantage dans la dynamique de croissance économique
et d'ouverture,
* d'autre part, ce système d'incitations soit complété
pour ces régions par des programmes spécifiques dont le contenu est fonction de la zone d'intervention
et de la catégorie de la population visée.
Parmi ces programmes, il est à citer : le Programme Régional
de Développement (PRD), le Programme de Développement Rural Intégré (PDRI), le Programme
de Développement Urbain Intégré (PDUI) et les actions du Fonds de Solidarité Nationale
(FSN).
S'agissant de la complémentarité entre les régions,
elle est considérée par les pouvoirs publics comme un instrument de plus pour garantir la diffusion
du développement à toutes les régions, pour créer entre elles les interactions et une
dynamique de renforcement mutuel de leurs efforts afin de créer un cadre propice pour un développement
harmonieux et solidaire dépassant progressivement la vision focalisée sur un partage du territoire
national en termes de littoral-intérieur.
C'est dans cette optique, et en vue de tendre vers une gestion unifiée
et solidaire des infrastructures, des grands équipements et des ressources naturelles, que le IXème
Plan a donné la priorité dans le choix des projets et programmes à ceux concernant plus d'une
région et que l'aménagement du territoire est devenu l'un des instruments privilégiés
de la stratégie de développement régional de la Tunisie de l'ère nouvelle.
C'est, également, dans cette logique que s'insère
l'attention particulière accordée par cette stratégie à l'axe médian (4) dont
le développement est conçu non seulement comme un facteur de décongestionnement nécessaire
du littoral mais aussi comme une courroie devant transmettre et propager, sur la base d'une logique de cercles
concentriques, l'essor qui caractérise la zone côtière vers les régions de l'intérieur.
Il est à souligner, enfin, que si la stratégie de
développement régional adoptée par la Tunisie du changement, a pour objectif ultime de consacrer
le droit au développement de toutes les régions et de les préparer comme il se doit aux exigences
d'une ouverture plus accentuée de l'économie, elle vise aussi à favoriser l'intégration
du pays dans son environnement proche, à savoir l'espace maghrébin.
(1) Discours du Président de la République, Carthage, le 7 Novembre 1994.
(2) Les Conseils Régionaux, présidés par les gouverneurs, sont composés des députés,
des présidents de municipalités et des compétences régionales et locales.
(3) Avantages octroyés par le Code des investissements aux projets installés dans les zones de développement
régional :
Exonération de l'impôt sur le revenu à raison
de 100% pendant les 10 premières années et à raison de 50% pendant les années suivantes.
- Déduction des revenus ou bénéfices réinvestis
dans la souscription au capital initial de l'entreprise ou à son augmentation des revenus ou bénéfices
nets soumis sur le revenu avec paiement du droit minimum, ce droit minimum est supprimé par la loi de finance
pour la gestion 1997.
- Exonération de la taxe pour la promotion des logements salariaux
pendant les 5 premières années.
- Subvention d'investissement égale à 8% du coût
du projet et 25% du coût des projets implantés dans les zones de reconversion minière de Gafsa.
- Subvention d'investissement en vue de réaliser les travaux
d'infrastructure nécessaires au projet.
- Prise en charge par l'Etat de la contribution patronale à
la CNSS pendant 5 ans.
(4) L'axe médian couvre une bande contiguë à la zone côtière en retrait de 40 à
100 km de cette dernière, connaissant les signes précurseurs d'une délocalisation d'activité
(Medjez el Bab, Menzel Bourguiba, Zaghouan, Fahs...).