1.3 Culture des droits de l'Homme et droit à la culture
S'exprimant sur la transition culturelle de la société
tunisienne et sur la nature de son rapport à celle qui s'opérait au plan politique, le Président
Ben Ali souligne que cette transition correspond au passage "du stade de la société instruite
à celui de la société cultivée" avant de préciser que "dans
la première, la liberté est une valeur, tandis qu'elle est tout à la fois valeur et comportement
dans la seconde. Dans la première, la culture est imitation, dans la seconde elle est création".
(1)
C'est dans le cadre de cette vision profonde et consciente des interactions
qui existent entre le projet politique, en particulier, et le modèle de société ambitionné,
en général, et le référentiel de valeurs devant leur servir de support culturel et
civilisationnel, que la stratégie de développement, mise en oeuvre depuis le changement du 7 Novembre
1987, s'est articulée dans sa dimension culturelle autour de deux orientations majeures à savoir
la promotion de la culture des droits de l'homme et la concrétisation du droit à la culture.
S'agissant de la culture des droits de l'homme, un des objectifs
de la réforme du système éducatif a été d'inculquer aux générations
montantes des valeurs en harmonie avec ces droits et de les former pour vivre dans une société rejetant
la haine et la rancoeur et ayant adopté le dialogue, la concertation et le consensus comme fondements de
l'organisation de la vie publique.
A cet effet, et au niveau du cycle primaire, l'action a surtout
consisté à introduire dans les programmes, tout en utilisant les outils pédagogiques adéquats,
des éléments nouveaux ayant trait aux droits de l'homme dans les programmes d'instruction civique
pour aider les jeunes élèves à mieux saisir la portée et à intérioriser
un ensemble de valeurs inhérentes à l'appartenance à la nation, à l'esprit de solidarité
et au nécessaire respect de la personne humaine. Ces éléments sont enseignés parmi
les matières constituant la formation de base de l'élève telles que la langue, l'histoire,
la géographie et l'instruction civique et religieuse.
Dans le cycle secondaire, l'accent a été mis, en matière
de promotion de la culture des droits de l'homme, sur des thèmes aussi importants que l'ouverture sur les
autres cultures, l'entente entre les peuples, la non discrimination sur la base du sexe, de la couleur, de la race
ou de la religion.
Dans le cycle supérieur, une place de choix a été
réservée aux enseignements relatifs aux droits de l'homme, et plus particulièrement dans les
facultés de droit (2) et l'Institut Supérieur de la Magistrature, en vue de développer
les connaissances des étudiants en la matière et ce à travers l'étude des conventions
internationales, des recommandations et des principes de comportement convenus par les Nations Unies et des organisations
régionales dans ce domaine et de leur permettre d'être plus initiés et familiarisés
avec les mécanismes nationaux et internationaux de sauvegarde et de préservation de ces droits.
Il importe de souligner que l'une des finalités de cette
diffusion de la culture des droits de l'homme par le biais des programmes des écoles, lycées et facultés,
d'une manière globale, ininterrompue et multidirectionnelle, est de préparer les citoyens, et avant
même leur entrée dans la vie active, à une existence exempte de toute forme de fanatisme et
de discrimination, à une existence basée sur la modération, la nuance, la tolérance,
l'acceptation de l'autre et de la différence comme valeurs et principes d'une participation responsable
et agissante dans l'oeuvre d'édification d'une société démocratique et développée.
Cette volonté de diffuser la culture des droits de l'homme
s'est traduite par la mise en place de différents vecteurs de sensibilisation devant permettre, et au-delà
de l'institution éducative, d'ancrer davantage les valeurs y ayant trait, dans le vécu quotidien
de l'ensemble de la population et au niveau de la pratique de tous les acteurs de la société civile.
C'est dans cette perspective que s'inscrivent le rôle dévolu
aux médias pour propager une telle culture, l'organisation de multiples manifestations et colloques où
sont invitées des compétences tunisiennes et étrangères pour débattre des divers
aspects des droits de l'homme et des moyens les plus indiqués pour les promouvoir ainsi que l'institution
de différentes journées nationales qui sont autant d'occasions pour rappeler la détermination
de la Tunisie de l'ère nouvelle à oeuvrer pour la concrétisation et le respect de ces droits.
Parmi ces journées figure celle consacrée à
la commémoration de la déclaration universelle des droits de l'homme qui est célébrée,
en outre, par une cérémonie officielle présidée par le Chef de l'Etat et au cours de
laquelle s'effectue la remise d'un prix (3) décerné "aux personnalités, organisations,
institutions ou autres structures s'étant distinguées par les éminents services rendus dans
le domaine des droits de l'homme, pour renforcer ces droits, aux échelons national, régional ou mondial".(4)
Pour ce qui est de la deuxième orientation, portant sur la
promotion de la culture au sens large, elle découle de la conviction que la concrétisation dans les
faits de concepts et de notions tels que l'identité et l'appartenance nationale, le développement,
la démocratie, l'entreprise, l'efficacité, la solidarité et le changement, d'une façon
générale, nécessite tout autant la mise en oeuvre de politiques et de programmes qu'une adaptation
de la mentalité, de l'attitude et du comportement du citoyen qui demeure, en dernière instance, l'acteur
central et le principal bénéficiaire du nouveau projet de société.
C'est dans cette optique, et afin de faire de la culture un levier
et un catalyseur du processus de changement politique, économique et social, que s'intègrent les
multiples actions engagées pour développer les domaines du théâtre, du cinéma,
de la musique, de l'édition et du livre, des beaux-arts et de la conservation du patrimoine archéologique
et historique, et celles entreprises pour améliorer les conditions morales et matérielles des hommes
et femmes de culture.
L'intérêt accordé par les pouvoirs publics à
ce secteur a ainsi pris plusieurs formes : l'adaptation du cadre législatif (amendement du code de
la presse, promulgation de la loi relative à la protection de la propriété littéraire
et artistique (5) et du code de la protection du patrimoine archéologique et historique et des
arts traditionnels)(6), le renforcement du dispositif institutionnel (création de nouvelles
institutions (7), réorganisation et réhabilitation des institutions existantes (8)
et le soutien matériel et financier (subventions à la production, octroi d'avantages par le
code des investissements aux projets culturels, extension de la couverture sociale aux artistes et hommes de culture
et octroi d'allocations mensuelles à certains d'entre eux).
L'intérêt porté à la culture et à
sa démocratisation s'illustre, également, par l'effort déployé par les pouvoirs publics
dans le sens d'une plus grande décentralisation des activités culturelles afin de les rendre plus
accessibles aux différentes catégories sociales et régions, et ce, notamment, à travers
:
* la démarche adoptée en matière d'organisation
et de programmation des manifestations culturelles tels que les festivals, les foires, les expositions, les colloques
et la consolidation des moyens mis à la disposition de chaque région, et plus particulièrement
les moins nanties d'entre elles, pour faire en sorte que l'élan et l'essor culturels couvrent l'ensemble
du territoire national,
* l'unification et l'intégration des maisons de la culture
et de la jeunesse, l'élargissement de leur rôle, la consolidation de leurs ressources humaines et
matérielles, et le transfert de leur gestion directe aux municipalités et aux conseils régionaux.
L'attention continue dont ont bénéficié les
créateurs et les hommes de culture reflète, quant à elle, la détermination de la Tunisie
de l'ère nouvelle d'en faire "les interprètes des préoccupations et des problèmes
de leur société, les défenseurs de ses valeurs spirituelles et culturelles et nationales"
(9) et de leur offrir l'environnement propice pour oeuvrer "en faveur de l'instauration
d'une culture de détente et de réforme, une culture qui conforte l'esprit d'appartenance, met en
place les bases du progrès dans une société harmonieuse, fondée sur le pluralisme,
la démocratie, les droits de l'homme, où prévalent les concepts de modernité et les
valeurs de l'esprit".(10)
C'est l'ensemble de ces orientations et de ces actions qui a permis
à la Tunisie d'enregistrer des acquis et des réalisations remarquables dans les différents
domaines de la culture lui permettant de rayonner au-delà de ses frontières, d'avoir sa propre contribution
dans l'enrichissement du patrimoine culturel universel et d'être choisie, à juste titre, comme "Capitale
Culturelle Régionale" pour l'année 1997.
(1) Discours du Président
de la République, Carthage, le 28 novembre 1992.
(2) Il a été procédé, en outre, à la création d'une chaire spécifique
à l'enseignement des droits de l'homme dans chacune des quatre facultés de droit que compte le pays.
(3) Le prix du Président de la République pour les droits de l'homme.
(4) Décret du 1er décembre 1993.
(5) Loi n° 94-36 du 24 février 1994 relative à
la propriété littéraire et artistique
(6) Loi n° 94-35 du 24 février 1994 relative au code
du patrimoine archéologique
(7) Création de la Maison de l'Ecrivain, de la Maison de
la Poésie, du Centre National de Musique Arabe et Méditerranéenne, du Ballet National... etc.
(8) Réorganisation du Théâtre National Tunisien,
reconversion de "Beit El Hekma" en Académie de Sciences, des Lettres et des Arts, réhabilitation
de l'Institut de la Rachidia... Etc.
(9) Discours du Président de la République, Carthage,
le 14 novembre 1991.
(10) Discours du Président de la République, Carthage,
le 28 novembre 1992.