Chapitre I

La Tunisie du Changement et le droit au développement

   

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Dimensions politique et culturelle du droit au développement :
Etat de droit, démocratie consensuelle et participative
et culture des droits de l'Homme

S'inspirant des valeurs civilisationnelles issues du brassage culturel et humain qui a caractérisé l'histoire d'une Tunisie ouverte, tolérante et rayonnante sur son environnement, partant des idéaux qui ont présidé à la lutte nationale pour l'indépendance et à l'édification d'un Etat moderne et s'appuyant sur une analyse objective de la crise profonde qui a fini par ébranler la société tunisienne à différents niveaux durant la première moitié de la décennie 1980, la déclaration du 7 Novembre 1987 est venue asseoir les jalons d'un projet de société à même de lui assurer son salut et d'inaugurer une ère nouvelle de son histoire.

Ce projet fédérateur reflétait dans sa dimension politique la volonté "de redonner la souveraineté au peuple, de réaliser la réconciliation nationale, de défaire les liens qui entravaient les institutions et les organisations de la société civile, par conséquent, de jeter les bases d'un Etat régi par le droit et gouverné par les institutions". (1)

Ainsi, en faisant du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales sa pierre angulaire, ce projet traduisait la conviction que "l'homme ne peut être fier d'appartenir à une patrie donnée, ni participer à l'œuvre collective et croire aux idéaux supérieurs et aux objectifs nationaux suprêmes, que si son opinion a un poids, que si ses droits sont respectés et que si sa dignité est reconnue". (2)

C'est dans cette optique qu'un processus de réformes et de mesures a été initié couvrant divers domaines visant à instaurer définitivement l'Etat de droit comme garant de la primauté de la loi, de la réhabilitation et du renforcement des institutions et d'une démocratisation irréversible de la vie politique.

1.1 - Etat de droit

Conscient que le dépérissement des institutions de l'Etat était l'une des causes majeures du climat d'incertitude et d'inquiétude qui prévalait avant le Changement, le Président Ben Ali s'est attaché à souligner, dans la déclaration du 7 Novembre 1987, l'impératif de préservation de l'Etat de droit, lui donnant par la suite force de loi au moyen d'un amendement de la Constitution, qui a réhabilité les valeurs républicaines en supprimant la Présidence à vie et la succession automatique à la tête de l'Etat.

Par cette initiative, le Changement entamait avec détermination le renouveau de l'Etat et de ses institutions. Il ne s'agissait pas de retoucher un système vieillissant, mais de mettre en place tout un ordre nouveau. Celui-ci a pour vocation d'investir le peuple du droit de choisir librement la personne devant présider à ses destinées, de réaliser la réconciliation entre gouvernants et gouverné et de rompre avec toute person-nalisation du pouvoir.

Dans cette même optique et dans le but de concrétiser l'unicité de la justice tunisienne et de garantir son indépendance, il a été procédé à la suppression de la Cour de Sûreté de l'Etat, de la charge de Procureur Général de la République et des tribunaux d'exception.

Il s'agissait essentiellement de soustraire la Justice à toute forme de domination exercée par d'autres pouvoirs et à toutes influences intérieures et extérieures la mettant ainsi à l'abri de "toute déliquescence dans l'application de la loi ou subordination à quelques caprices ou tendances"..(3)

La démarche adoptée ne s'est pas limitée à éliminer tout obstacle à l'édification de l'Etat de droit, mais s'est attachée aussi à créer les institutions devant le consolider et assurer son bon fonctionnement, telles que le Conseil Constitutionnel qui a la charge de faire respecter la suprématie de la Constitution.

Le processus engagé, tout au long des dix dernières années, pour introduire les changements requis par le renforcement de l'Etat de Droit et la réforme des institutions, s'est poursuivi et élargi pour couvrir d'autres domaines, tels que le système juridictionnel administratif.

En effet, et pour mieux protéger le citoyen contre tout abus éventuel de l'Administration, il a été procédé à l'instauration du principe du double degré de juridiction auprès du Tribunal Administratif, à l'institution du Conseil d'arbitrage et de recours entre la magistrature administrative et la magistrature judiciaire et à la création des fonctions de "Médiateur administratif" (4) et de "Citoyen superviseur" (5).




(1) Interview du Président de la République, journal "COSAS", juin 1992.

(2) Discours du Président de la République, Carthage, le 9 avril 1991.

(3) Discours du Président de la République, Carthage, le 29 août 1988.

(4) Décret n° 92-2143 du 10 décembre 1992 portant création de la fonction de médiateur administratif

(5) Décret n° 93-147 du 18 janvier 1993 portant création de l'équipe du «citoyen superviseur»

   

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