Chapitre 1  

Les Droits de l'homme en Tunisie: Choix et réalisations

 
     

       
   

Droits civils et politiques

1 - De l'Etat de droit et de l'indépendance de la Justice

• La Constitution de la République Tunisienne consacre le principe de l'indépendance du pouvoir judiciaire. Son article 65 proclame : "L'autorité judiciaire est indépendante; les magistrats ne sont soumis, dans l'exercice de leurs fonctions, qu'à l'autorité de la loi".

• Le Conseil Supérieur de la Magistrature, dont la composition et les attributions sont fixées par la loi, veille au respect des garanties accordées aux Magistrats en matière de nomination, d'avancement, de mutation et de discipline (Article 67 de la Constitution).

• La loi organique n° 67-29 du 14 juillet 1967 fixe le statut des Magistrats et organise leur indépendance. L'article 23 de cette loi prescrit aux Magistrats de rendre impartialement la justice, sans considération de personne ni d'intérêts.

Instaurer les bases de l’Etat de droit et des institutions et les consolider constitue l’un des principes fondamentaux du Changement du 7 Novembre 1987. Les réformes visant à promouvoir l’administration de la justice en Tunisie se sont succédé depuis, de façon à garantir la primauté de la loi et la consécration du droit du citoyen à une justice équitable et efficiente.                                                                           

1-1 Suppression de la Cour de Sûreté de l'Etat et de la fonction de Procureur Général de la République (1987). Ainsi, l'instrument d'ingérence dans la Justice a été supprimé, comme ont été définitivement abolis les tribunaux d'exception.

1-2 Création du Conseil Constitutionnel, chargé de veiller à la constitutionnalité des lois (1987). Des amendements successifs ont précisé ses prérogatives et les modalités de leur exercice. En 1995, le Conseil Constitutionnel a été inclus dans le texte de la Constitution et a été érigé, ainsi, en organe constitutionnel. En 1998, a été promulguée la loi constitutionnelle 98-76 modifiant l'article 75 de la Constitution et rendant les avis du Conseil Constitutionnel opposables à tous les pouvoirs et à toutes les autorités publiques.

1-3 Introduction, en 1995, de réformes de la Justice administrative, destinées à consolider les droits de la défense, à travers l'instauration du droit de recours à deux degrés auprès du Tribunal administratif en matière d'excès de pouvoir, le rapprochement de la justice administrative du citoyen par la tenue d’audiences dans les régions et par la mise en place, de manière graduelle, de chambres régionales du Tribunal administratif et l'institution d'un Conseil de règlement des conflits de compétence entre la justice de l'ordre judiciaire et la justice de l'ordre administratif.

1-4 Promulgation de la loi 93-51 du 3 mai 1993 relative aux services du Médiateur administratif, dont la mission consiste à exercer de bons offices entre l’Administration et l’administré. Ce texte a été complété par la loi 2000-16 du 7 février 2000 relative aux services du Médiateur administratif et portant institution de représentants régionaux du Médiateur administratif.

1-5 Ratification par la Tunisie, sans aucune réserve, de la Convention des Nations Unies de 1984 contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (1988), et modification du Code pénal en ajoutant des dispositions définissant le crime de “torture” selon les termes de cette Convention (1999).

1-6 Suppression de la peine de travaux forcés (1989), qui est automatiquement commuée en peine d'emprisonnement pour une durée équivalente.

1-7 Promulgation de la loi portant abrogation du travail rééducatif et du service civil (1995).

1-8 Aménagement du régime juridique de la détention préventive et de la garde à vue dont les conditions et les durées d'application ont été précisées et délimitées par trois amendements successifs apportés au Code de procédure pénale en 1987, 1993 et 1999.

1-8-1 Ainsi la loi du 26 novembre 1987 portant amendement de certaines dispositions du Code de procédure pénale, organisait la garde à vue et la détention préventive. La garde à vue ne pouvait pas dépasser un délai de 10 jours maximum.

1-8-2 La loi du 22 novembre 1993, modifiant et complétant certaines dispositions du Code de Procédure Pénale, a réduit la durée de la détention préventive et a institué le mécanisme de la réhabilitation par autorité de la loi.

1-8-3 Enfin, la loi n° 99-90 du 2 août 1999, modifiant et complétant certaines dispositions du Code de procédure pénale, dispose désormais que les officiers de police judiciaire ne peuvent garder le suspect pour une durée dépassant trois jours ; ils doivent en aviser le Procureur de la République qui, par décision écrite, peut prolonger la durée de la garde à vue seulement une seule fois pour la même période, après que la durée de la garde à vue ait été, en sa totalité, de dix jours. Cette même loi a, également, renforcé les garanties entourant la garde à vue, dont l’information obligatoire d’un membre de la famille en cas de garde à vue, l’information obligatoire du suspect de la cause de la mesure prise à son encontre et des garanties que lui offre la loi et la détermination des indications que doivent contenir les registres de la garde à vue à la lumière de ces garanties.

1-9 Recommandations du Conseil Supérieur de la Magistrature (31 juillet 1996) pour plus d'humanisme et de célérité dans le travail de la justice :

• Le juge n'aura recours à la détention préventive que s'il existe des motifs sérieux empêchant de laisser le prévenu en liberté.

• Veiller davantage à la célérité de jugement pour les affaires impliquant des personnes mises en détention préventive.

• Eviter, autant que possible, de prononcer des peines d'emprisonnement de courte durée.

• Accorder la préférence aux condamnations à des peines de prison avec sursis, lorsque les critères sont réunis, plutôt qu'aux peines immédiatement exécutoires.

• Recourir, aussi fréquemment que possible, au système de la mise en liberté sous caution.

1-10 Promulgation de la loi n° 99-89 du 2 août 1999, modifiant et complétant certaines dispositions du Code pénal, relative à l’institution de la peine de travail d’intérêt général en substitution à la peine d’emprisonnement, en précisant les conditions de sa mise en œuvre et les mécanismes de son application. Cette loi abroge, également, le travail obligatoire dans les prisons et ajoute des dispositions relatives à la définition du crime de “torture” selon les termes de la Convention des Nations Unies contre la torture…

1-11 Promulgation de la loi 2000-43 du 17 avril 2000 amendant et complétant certains articles du Code de procédure  pénale, portant institution du double degré de juridiction en matière criminelle. Il s’agit d’un nouveau système permettant d’examiner dans le fond, en première instance puis en appel, les affaires criminelles, avec le maintien du régime de l’instruction à deux degrés. Cette loi renforce les droits des justiciables et développe les mécanismes de la justice pénale.

1-12 Promulgation de la loi 2000-53 du 22 mai 2000 amendant et complétant certaines dispositions du Code de protection de l’enfant qui étend le système du double degré de juridiction aux crimes commis par des enfants.

1-13 Promulgation de la loi 2000-77 du 31 juillet 2000, amendant et complétant certaines dispositions du Code de procédure pénale portant création de la fonction de «Juge d’application des peines», en vue de renforcer les garanties dont bénéficient les condamnés.

1-14 Le Président Zine El Abidine Ben Ali  annonce, le 7 novembre 2000, dans son discours à l’occasion du XIIIème anniversaire du Changement, de nombreuses décisions et mesures tendant à raffermir les droits de l’homme. Elles consistent notamment en :

• L’engagement de l’Etat à dédommager toute personne qui ferait l’objet d’une détention préventive et dont la culpabilité ne serait pas établie. Il en va de même pour l’indemnisation des préjudices subis par quiconque serait condamné à une peine d’emprisonnement et serait ensuite innoncenté par les tribunaux, après révision du procès.

• Transfert de l’Administration et établissements pénitentiaires au ministère de la Justice.

• Elaboration d’un projet de loi relatif aux conditions de séjour dans les prisons et aux droits des détenus, tendant à favoriser leur réinsertion dans la vie publique. Ce texte doit se substituer aux dispositions règlementaires actuellement en vigueur. Le projet de loi a été examiné en Conseil des ministres, le 15 novembre 2000.

• Amélioration du  système d’aide judiciaire en faveur des justiciables de condition modeste, et ce, par la majoration du montant de cette aide, l’élargissement de son champ et l’assouplissement des procédures d’octroi.